Syndrome de la queue de cheval : quels signes, pourquoi c’est une urgence, et la forme lente du canal lombaire étroit

 

Syndrome de la queue de cheval : quels signes, pourquoi c’est une urgence, et la forme lente du canal lombaire étroit

 

Mimie Mathy, souriante, lors d’une rencontre avec le public en 2016 (photo Amanda Dubois, CC BY-SA 4.0, recadrée)

 

Fin août, dans « Sept à Huit » sur TF1, Mimie Mathy a expliqué qu’elle ne marchait plus depuis six mois à cause d’un syndrome de la queue de cheval, après plusieurs opérations pour élargir son canal rachidien. Beaucoup de patients ont découvert ce nom à cette occasion, et nous ont posé la même question en consultation : qu’est-ce que c’est, et est-ce que cela peut m’arriver ? Le syndrome de la queue de cheval est rare. Il existe sous deux formes très différentes : une urgence brutale, le plus souvent due à une grosse hernie discale, qu’il faut opérer dans les heures qui suivent, et une forme lente, liée à un canal lombaire étroit très évolué, que l’on cherche justement à opérer avant d’en arriver là. Cet article explique les signes, ce qu’il faut faire, et ce qui récupère.

 

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Qu’est-ce que la queue de cheval ?

La moelle épinière s’arrête en haut des lombaires. En dessous, les nerfs qui vont vers les jambes, la vessie, les intestins et le périnée descendent en faisceau dans le canal de la colonne, comme les crins d’une queue de cheval : c’est leur nom en anatomie. Quand ce faisceau est comprimé, les jambes, mais aussi la vessie et le périnée, cessent de fonctionner normalement. C’est ce que l’on appelle le syndrome de la queue de cheval.

 

Quels sont les signes du syndrome de la queue de cheval ?

Ils s’ajoutent le plus souvent à une douleur du bas du dos ou à une sciatique, parfois des deux côtés :

  • une difficulté nouvelle à uriner, une impossibilité d’uriner, ou au contraire des fuites d’urine qu’on ne contrôle plus.
  • une perte du contrôle des selles.
  • une peau moins sensible, ou plus sensible du tout, entre les cuisses, autour des organes génitaux et de l’anus, « comme après une selle de vélo ».
  • une faiblesse des deux jambes ou des deux pieds, qui peut s’aggraver vite.
  • des troubles de l’érection ou de la sensibilité sexuelle.

Une sciatique, même très douloureuse, n’est pas un syndrome de la queue de cheval. Ce sont les troubles urinaires, le contrôle des selles et la sensibilité du périnée qui font la différence. Il ne faut pas attendre que tous ces signes soient réunis : un seul suffit pour réagir, et une douleur qui diminue ne rassure pas si un trouble nouveau apparaît.

 

Pourquoi est-ce une urgence ?

Parce que les nerfs de la vessie et du périnée supportent mal une compression prolongée. Quand elle vient d’une grosse hernie discale qui se produit d’un coup, l’opération a lieu le plus vite possible, dans les heures qui suivent. Les études parlent de 24 à 48 heures : ce n’est pas un délai d’attente à la maison, c’est le temps maximal entre les premiers signes et la libération des nerfs, bilan et IRM compris. Plus on attend, moins la vessie et le contrôle des selles récupèrent. Et si les signes sont là depuis plusieurs jours, il faut quand même consulter sans attendre : il n’est pas trop tard pour être pris en charge.

Appelez le 15 si vous avez du mal à uriner ou n’y arrivez plus, si vous perdez le contrôle des urines ou des selles, ou si une paralysie des jambes s’aggrave d’heure en heure. N’attendez pas un rendez-vous, et n’attendez pas la réponse d’un formulaire.

Demandez un rendez-vous urgent avec un chirurgien du rachis si la peau du périnée est moins sensible, même si vous arrivez encore à uriner, ou si une faiblesse récente est apparue, sans trouble urinaire. Notre demande de consultation rapide répond sous 24 heures ouvrées, par téléphone, et la consultation est organisée dans les meilleurs délais, en dehors des délais habituels de rendez-vous, avec une IRM organisée en urgence si elle est nécessaire. Si les troubles urinaires apparaissent entre-temps, c’est le 15.

 

Quelles sont les causes ?

La cause la plus fréquente de la forme brutale est une volumineuse hernie discale qui remplit le canal. Plus rarement, une fracture, un hématome après une infiltration ou une opération, une infection ou une tumeur. La forme lente a une autre cause : un canal lombaire étroit, c’est-à-dire un canal qui se rétrécit avec l’arthrose, les ligaments épaissis et les disques affaissés, jusqu’à comprimer l’ensemble des nerfs. Certaines morphologies, comme chez les personnes de petite taille, ont un canal naturellement étroit, qui laisse moins de marge.

 

Comment confirme-t-on le diagnostic ?

Par l’examen, qui mesure la force des jambes, la sensibilité du périnée et le fonctionnement de la vessie, et par une IRM lombaire faite en urgence : c’est elle qui montre ce qui comprime les nerfs, et l’examen seul ne suffit pas à l’écarter. Une échographie de la vessie vérifie parfois qu’elle se vide bien, sans remplacer l’IRM.

 

Comment se passe l’opération en urgence ?

Elle consiste à libérer les nerfs : retirer le fragment de disque qui les écrase, et ouvrir le canal si besoin. Elle se fait sous anesthésie générale, par le dos, le plus souvent en une heure ou deux. Elle est organisée de jour comme de nuit dans un établissement qui dispose d’un bloc et d’une IRM. C’est l’une des rares opérations du dos que l’on ne programme pas.

 

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Récupère-t-on après un syndrome de la queue de cheval ?

Tout dépend de la rapidité de l’opération et de l’état des nerfs au moment où ils sont libérés. La douleur et la force des jambes récupèrent le plus souvent, en semaines ou en mois. La vessie, le contrôle des selles et la sensibilité du périnée sont plus lents et plus incertains : une partie des patients garde des séquelles, surtout quand l’opération a été tardive ou que la vessie ne fonctionnait plus du tout avant. La rééducation, et parfois un suivi en urologie, font partie du traitement.

 

Et la forme lente, celle du canal lombaire étroit ?

Elle ne ressemble pas à l’urgence décrite plus haut, et elle reste l’exception : la grande majorité des canaux lombaires étroits ne conduisent jamais à un syndrome de la queue de cheval. Le canal se rétrécit sur des années. Les premiers signes sont les jambes lourdes ou engourdies en marchant, qui obligent à s’arrêter puis repartent, et le besoin de se pencher en avant pour soulager. Quand le rétrécissement est très avancé, les nerfs de la vessie et du périnée finissent par souffrir à leur tour, et la marche devient de plus en plus difficile. C’est la situation que décrit l’actrice, après plusieurs opérations pour « élargir le canal rachidien ».

C’est précisément pour ne pas en arriver là que nous proposons d’opérer un canal lombaire étroit avant que les nerfs ne soient durablement abîmés : la laminectomie redonne de la place aux nerfs, et les résultats sont d’autant meilleurs que la compression est récente. Quand des symptômes persistent après une ou plusieurs opérations, un nouveau bilan cherche d’abord s’il reste une compression à traiter : l’intérêt d’une nouvelle intervention dépend de ce bilan et du bénéfice attendu, pas du nombre d’opérations déjà faites. Et après une opération, les signes d’alerte décrits plus haut restent valables : s’ils apparaissent, c’est le 15.

 

Quand faut-il consulter, sans attendre l’urgence ?

  • Une sciatique ou une douleur du bas du dos avec une faiblesse récente du pied ou de la jambe.
  • Des jambes lourdes à la marche qui s’aggravent de mois en mois, avec un périmètre de marche qui diminue.
  • Une perte de sensibilité du périnée, même légère, même sans trouble urinaire.
  • Un canal lombaire étroit connu, dont les symptômes changent.

Dans ces situations, la consultation sert à mesurer ce qui est atteint, à faire l’IRM, et à décider si une opération est utile, et quand. Consulter ne signifie pas être opéré.

 

Ce qu’il faut retenir

  • Le syndrome de la queue de cheval est rare. Ses signes propres sont les troubles urinaires, la perte du contrôle des selles et l’insensibilité du périnée.
  • Difficulté à uriner, incontinence, paralysie qui s’aggrave d’heure en heure : appelez le 15. L’opération se fait dans les heures qui suivent.
  • Périnée moins sensible ou faiblesse récente sans trouble urinaire : rendez-vous urgent avec un chirurgien du rachis.
  • La forme lente vient d’un canal lombaire étroit très évolué : on opère avant, pas après.
  • Ce qui récupère dépend surtout de la rapidité de la prise en charge.

 

Pour aller plus loin

 

Article rédigé par le Dr Raphaël Jameson, chirurgien du rachis à l’Espace Francilien du Rachis, membre de la SOFCOT et de la Société Française de Chirurgie du Rachis (RPPS 10005153878). Ces informations générales ne remplacent pas une consultation médicale.

Mimie Mathy en 2016. Photo : Amanda Dubois, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0, recadrée.