Protrusion discale ou hernie discale lombaire : quelle différence, et comment comprendre votre IRM ?
12 Oct Protrusion discale ou hernie discale lombaire : quelle différence, et comment comprendre votre IRM ?
Dans Chirurgie du rachis

Vous venez de recevoir un compte rendu d’IRM mentionnant une « protrusion discale L4-L5 » ou une « hernie discale L5-S1 ». Est-ce la même chose ? Est-ce grave ? Faut-il être opéré ? Voici comment lire ces mots sans inquiétude inutile.
Bombement, protrusion, hernie : que veulent dire ces termes ?
Entre deux vertèbres, le disque joue un rôle d’amortisseur. Il est composé d’un anneau fibreux à l’extérieur et d’un noyau plus souple au centre. Un bombement discal correspond à un débordement large et régulier du contour du disque. Une hernie discale correspond à un débordement plus localisé. Le radiologue précise ensuite son aspect en parlant de protrusion, d’extrusion ou de fragment exclu, aussi appelé séquestré.
Le vocabulaire peut varier un peu d’un compte rendu à l’autre. Ces mots décrivent avant tout l’aspect du disque sur l’image. Ils ne disent pas, à eux seuls, si vous avez mal ni si une opération est nécessaire.
Une protrusion discale est-elle grave ?
Le plus souvent, non. Les images de disques bombés ou en protrusion sont très fréquentes chez des personnes qui n’ont aucune douleur. Une revue de 33 études a retrouvé un bombement discal chez environ une personne sur trois à vingt ans, et chez plus de huit sur dix à quatre-vingts ans. Une protrusion était présente chez près d’une personne sur trois à vingt ans, et chez plus de quatre sur dix à quatre-vingts ans, sans aucune douleur.
Une protrusion isolée est donc une image fréquente, à interpréter avec vos symptômes et l’examen clinique. Elle ne prouve pas qu’elle est responsable d’un mal de dos ou d’une douleur dans la jambe.
Pourquoi une hernie peut-elle faire mal dans la jambe ?
Une hernie peut irriter ou comprimer une racine nerveuse. C’est ce qui provoque une sciatique ou une cruralgie, avec une douleur qui descend dans la jambe, parfois accompagnée de fourmillements ou d’une faiblesse. La taille de la hernie ne prédit pas, à elle seule, l’intensité de la douleur. Une petite hernie bien placée peut être très douloureuse, et une hernie plus volumineuse peut ne provoquer aucun symptôme. C’est la concordance entre les symptômes, l’examen clinique et l’IRM qui guide le traitement.
La plupart des sciatiques liées à une hernie s’améliorent en quelques semaines ou quelques mois. Certaines hernies, surtout lorsqu’il existe une extrusion ou un fragment exclu, peuvent aussi diminuer spontanément de volume.
Peut-on voir une hernie discale sur une radio, ou faut-il une IRM ?
La radiographie montre surtout les os. Elle peut montrer un pincement entre deux vertèbres, signe indirect d’usure du disque, mais elle ne montre pas correctement une hernie ni les nerfs. L’IRM est l’examen le plus utile pour analyser les disques et les racines nerveuses. Elle n’est toutefois pas nécessaire dans les tout premiers jours d’une sciatique simple. Elle se discute lorsque la douleur persiste ou s’aggrave, lorsqu’une faiblesse apparaît, ou lorsqu’un geste particulier est envisagé. Le scanner peut être utile lorsque l’IRM n’est pas réalisable.
Comment traite-t-on une protrusion ou une hernie lombaire ?
Le traitement dépend des symptômes, pas du seul compte rendu. Il repose d’abord sur des antalgiques prescrits si nécessaire, le maintien d’une activité adaptée et une reprise progressive des mouvements. Le repos strict au lit n’est généralement pas utile. La kinésithérapie aide à retrouver de la mobilité, de l’endurance et de la confiance dans le mouvement. Une infiltration peut parfois être proposée dans certaines sciatiques aiguës et sévères. Elle vise à soulager temporairement la douleur, pas à faire disparaître la hernie.
Une opération ne concerne qu’une minorité de patients. Elle se discute si une douleur dans la jambe reste invalidante malgré un traitement bien conduit, avec une IRM cohérente avec les symptômes, ou lorsqu’une faiblesse de la jambe est présente.
Une protrusion peut-elle évoluer en hernie ?
Oui, mais ce n’est ni systématique ni prévisible. Un disque peut évoluer avec le temps, et une hernie peut, à l’inverse, diminuer spontanément de volume. Il n’existe pas de méthode qui empêche à coup sûr une hernie. En revanche, rester actif, reprendre les efforts progressivement, varier les positions et apprendre à manipuler les charges de façon adaptée aide à garder un dos qui fonctionne bien.
Quand consulter ?
Une anomalie découverte par hasard, sans douleur ni faiblesse, ne demande généralement pas de consultation spécialisée. Il est utile de consulter lorsque la douleur descend dans la jambe et persiste, gêne fortement le sommeil ou le travail, ou s’accompagne d’une faiblesse du pied ou de la jambe. Dans de rares cas, une difficulté nouvelle à uriner, une perte de contrôle des urines ou des selles, une insensibilité entre les cuisses ou une faiblesse qui progresse vite dans la jambe demandent une prise en charge le jour même. Appelez le 15.
À Paris et dans les Yvelines, les chirurgiens de l’Espace Francilien du Rachis reçoivent les patients pour faire le point sur une hernie discale et son traitement. La prise de rendez-vous se fait en ligne.
Ce qu’il faut retenir
- Bombement, protrusion et hernie décrivent des aspects du disque à l’IRM, pas un niveau automatique de gravité.
- Une protrusion isolée est fréquente, y compris chez les personnes sans douleur.
- Une hernie peut provoquer une sciatique ou une cruralgie, mais l’image s’interprète toujours avec les symptômes.
- La plupart des sciatiques s’améliorent sans opération.
- Une faiblesse qui progresse ou des troubles urinaires demandent une prise en charge rapide.
Pour aller plus loin
- Notre page sur les symptômes de la hernie discale lombaire
- Notre page sur la sciatique et la cruralgie
- Nomenclature internationale des anomalies discales lombaires (2014)
- Anomalies discales sur l’IRM de personnes sans aucune douleur, revue de 33 études (2015)
- Haute Autorité de santé : prise en charge de la lombalgie et signes d’alerte (2019)
Article rédigé par le Dr Raphaël Jameson, chirurgien du rachis à l’Espace Francilien du Rachis, membre de la SOFCOT et de la Société Française de Chirurgie du Rachis (RPPS 10005153878). Ces informations générales ne remplacent pas une consultation médicale.